Le phosphate

jeudi 1er octobre 2009
par  beauvaloistt
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En cette année 1886, Beauval vivait doucement au fond d’un vallon long et sinueux, l’ensemble en était pittoresque et flattait l’œil des observateurs.

Les maisons convenablement alignées se succédaient et les rues venaient tomber perpendiculairement sur l’artère principale. La population se composait d’agriculteurs, d’ouvriers et de commerçants.

Cette année là, les habitants jouissaient à Beauval du bonheur de vivre, quand au mois de juin, une nouvelle vint les faire tressaillir ainsi que la France entière

Une découverte venait d’être publiée : Beauval possédait au sein de son terroir une richesse assez exceptionnelle. On avait découvert du phosphate de chaux dont la valeur marchande était au dessus de toute idée.

Beauval allait devenir le départ, le centre de toute une industrie qui devait, en se développant d’une façon considérable, amener la prospérité mondaine insoupçonnée. Lors de la création de la route nationale, les ingénieurs appliquaient ce principe que la ligne droite est le plus court chemin d’un point à un autre. Partant de là, ils s’occupaient fort peu des villages et des accidents du terrain. Mais à Beauval, près de l’ancienne église, la descente était aussi rapide que dangereuse, c’est pourquoi en 1844, le tracé fut modifié sous la direction de M. Charles Joseph BUTEUX. En 1842, Monsieur BUTEUX, éminent géologue, avais soumis à l’académie des sciences sa première « esquisse géologique du département de la Somme ».

Durant le terrassement, un ouvrier mit à nu une amorce d’une craie grise, friable, sans silex, qui attira l’attention de l’ingénieur. En 1849, à Paris, il modifia son esquisse dans laquelle il écrivit : « Lors de l’adoucissement de la rampe de Beauval, du côté d’Amiens, la partie supérieure de la craie étant découverte, on a trouvé à l’état arénacée (de la consistance du sable). Il dit y avoir rencontré plusieurs espèces de squales

L’analyse chimique montrait 34% de chaux et 14% d’acide phosphorique. Nous sommes en 1850 et le rapport pris le chemin de l’oubli.

Déjà, dans les années 1850, certains Beauvalois s’étaient inquiétés de la présence de ce sable sous la terre des champs. Monsieur Armand DEVILLERS avait pensé l’utiliser pour les maçons, ou les plafonneurs. La liaison entre la chaux et ce sable ne se fit pas. Séché au soleil, il le confia aux briquetiers pour saupoudrer les moules. La brique humide s’en détachaient admirablement.

Au mois de mai 1886, un monsieur étranger (Monsieur Merle) demanda à la bibliothèque d’Amiens un rapport qu’avais écrit quelques années plutôt Monsieur BUTEUX et écrit plus récemment celui de Monsieur MERCEY (1863). Ce Monsieur Merle associé à Monsieur PONCIN étaient en réalité exploitant de phosphates dans le Cher. Monsieur Merle vint sur place étudier les craies et les sables de la rampe de Beauval.

Monsieur Merle proposa d’acheter le sable puis le terrain à Monsieur Amédée Hordequin, pharmacien. Il fut éconduit mais Monsieur Merle revint à la charge tant et si bien que Monsieur Hordequin envoya à Paris des échantillons de son sable. Or les analyses accusèrent 78 % de phosphate de Chaux et 30-40 % de phosphate dans la craie sous-jacente.

Alors commença la surenchère. Lorsque le journal local publia un petit article disant que cette découverte serait d’un grand secours pour l’agriculture. Ce fut l’événement, une espèce d’emballement, de surexcitation s’empara des propriétaires. Certains avaient donc décidé de vendre tandis que d’autres préféraient attendre que les prix augmentent.

Monsieur HORDEQUIN conseillait l’exploitation par la commune, le Maire de l’époque l’éconduisait. Si la première vente rapporta à son propriétaire la somme de 13 000 FR (or) pour 26 ares, la seconde vente rapporta 1 030 000 FR (or) pour 50 ares (Si l’on veut ramener ce chiffre à nos euros : 1.3 milliards d’euros).

Des équipes de sondeurs arrivaient de plus en plus et le résultat ne se fit pas attendre. Trois nouveaux gisements furent découverts. Les quatre gisements d’après les bilans de l’époque auraient rapporté plus de 8 millions de francs or.

A Beauval l’épaisseur de la craie phosphatée était de 18 à 23 mètres. Elle titrait de 30 à 40 % de phosphate tricalcique.

En 1912, de ce gisement de Beauval, on avait déjà tiré 2 200 000 tonnes de phosphate en sable et 1 800 000 tonnes restaient encore à exploiter.

Cette exploitation qui avait amené une euphorie considérable s’essoufflait, le phosphate était moins demandé, les sites d’extraction se raréfiaient. Les ouvriers voyaient leur avenir menacé car l’exploitation d’un gisement quelle que soit son importance n’a toujours qu’une durée éphémère. Il ne restait plus sur les lieux de l’exploitation qu’une grande excavation, qui ne sera plus jamais comblée.

Seuls persistent dans le village les grandes demeures qui témoignent de la fortune passagère de certains propriétaires qui avaient accepté de vendre leur champ.

l’image va apparaître en haut de l’écran quand vous cliquerez dessus.

photo 1 : Une vue de 1909 de la rue nationale. On peut remarquer un bâtiment (rasé maintenant voir flèche) ainsi qu’une voie de chemin de fer utilisés pour l’extraction des phosphates et notamment de divertissement pour les enfants au grand désespoir du conducteur de l’époque.

photo 2 : chantier d’extraction de la craie

photo 3 : Beauval rue nationale (le gros bâtiment avec la cheminée est l’ancien site de traitement des craies en phosphate)

photo 4 : une villa bourgeoise qui a appartenue à Amédée Hordequin

rue nationale chantier rue Nationale maison bourgeoise


Source : bulletin municipal N°5 de 1996 et N°2 de 1965


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