La Picardie est, par tradition, et cela depuis de nombreux siècles, une province textile par excellence.

Toutes les fibres y sont transformées et il est peu de spécialités qui n’y soient représentées.

L’une d’entre elles, et non des moindres : le jute, trouve dans cette région son terrain d’élection.

Sait-on que Beauval est le berceau d’une famille d’industriels qui dès l’apparition de cette fibre s’attachèrent à lancer et développer le travail de cette matière.

Il faut pour cela remonter aux premières années du XIXème siècle. Trois frères SAINT, à cette époque, avait organisé à Beauval, leur village natal, et dans les environs, le tissage de toiles d’emballage en étoupes de chanvre et de lin.

Le tissage était fait à la main, à domicile, et les trois frères effectuaient le ramassage et la vente des toiles ainsi fabriquées.

En 1825, il y avait à Beauval et aux alentours plusieurs centaines de petits artisans tisserands. Puis le jute apparut, et en 1843, une première filature fut installée en Picardie.

Messieurs SAINT comprirent immédiatement le parti qu’ils pourraient tirer de ce nouveau textile moins cher que le lin. Ayant mis au point un métier à tisser spécialement adaptés au jute, ils construisirent des ateliers à Flixecourt, Harondel, Saint-Ouen puis à l’Etoile.

C’est à cette époque également qu’à Beauval et dans les environs, d’autres personnes au nom bien connu ici, s’intéressèrent aux mêmes problèmes : Victor SUEUR, associé à son beau frère J-B. THUILLIER et les frères BOULOGNE.

L’industrie du jute revint enfin s’installer en force à Beauval et dans le voisinage puisqu’en quatre ans, de 1898 à 1902, trois importantes usines y furent construites :

· l’une à Beauval même, par la société Saint frères,

· Les deux autres à Doullens, par la société TH. SUEUR Fils & Compagnie et la société Saint Frères.

M. Charles Saint devait mourir peu après et repose au cimetière de Beauval. (voir photo page première guerre mondiale)

C’est la société Saint Frères qui mit au point le métier droit lourd à tisser le jute en 1856. 90 ans après elle inventa le métier circulaire qui venait révolutionner la technique millénaire du tissage et c’est l’usine de Beauval qui fut dotée du premier atelier équipé de tels métiers qui se répandirent ensuite de par le monde entier.

En 1965, cette usine de Beauval (malheureusement fermée aujourd’hui) représentait à elle seule environ 15 % de la production française d’articles de jute.

Source : bulletin municipal N°2 de 1965

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